CouvMomiesCleopatre


Chers lecteurs, retrouvez ici un passage inédit des Momies de Cléopâtre, le premier tome de la série, racontant la rencontre entre deux personnages du roman: Cléopâtre, la célèbre Reine et Senedjem, un grand prêtre égyptien, spécialiste de la momification et de la résurrection de momies...



Cléopâtre se rappelait sa première rencontre avec Senedjem alors qu’il n’était que gamin. Son père, le puissant Pharaon Ptolémée, avait accepté de recevoir un paysan et son jeune fils, Senedjem, dans ses appartements royaux. Le pauvre homme raconta que son garçon avait redonné vie à son chat momifié et que le félin gambadait gaiement depuis ce temps, le corps engoncé dans ses bandelettes. Impressionné par la précocité du garçons, Ptolémée le prit à ses côtés au Palais pour en faire un Grand Prêtre, le futur gardien de la plus prestigieuse des pyramides d’Égypte, celle de Khéops.
Cléopâtre se rappelait les prouesses de Senedjem lorsqu’ils étaient tous deux adolescents. Il séduisait les servantes de la cour en redonnant vie à leurs oiseaux domestiques. Mais cette existence dorée agaça rapidement le prêtre qui partit, un beau matin, sans prévenir. Il arpenta alors le pays entier, du Nord au Sud, pour parfaire ses techniques auprès de grands spécialistes. Sa réputation le précéda lorsqu’il revint à Alexandrie, il y avait maintenant cinq ans.
La Foire aux Momies, cette année là, accueillit une foule considérable et impatiente d’observer le combat que se livrerait Senedjem et Halouf, l’autre vedette de la résurrection de momie.
- Il peut bien venir sur mes terres ! pavoisait Halouf. Je n’ai aucune crainte au sujet de ce charlatan. Ces momies ne sont guère plus consistantes qu’une purée de légumes !
Senedjem, lui, ne paradait pas, sûr de son succès. Oh, il en avait croisé des charlatans sur les routes, ceux qui promettaient à des familles déboussolées de faire revivre leurs chères momies contre quelques bagues en argent… Ces mécréants bourraient le ventre du cadavre de paille et murmurait quelques vagues incantations. La momie se levait de son sarcophage, elle marchait bien cinq minutes, elle parlait même le temps qu’il fallait au prêtre pour s’enfuir. Et puis c’était la débandade ! Un affaissement total, un racornissement du cuir, un rétrécissement soudain des bandelettes… Quelques minutes après le départ du prêtre, il ne restait plus rien du défunt, juste un petit tas de poussière que les vents du désert mélangeaient au sable des dunes…
Halouf était peut-être plus sérieux que ces bonimenteurs mais il n’égalait en rien la technique de Senedjem, chèrement acquise au prix du sacrifice de toute une vie de labeur. Senedjem seul savait qu’elle relevait du génie. On ne redonne pas la vie à son chat momifié à cinq ans sans posséder un véritable don, donné par le Dieu Anubis en personne… Il attendait sa victoire à la Foire des Momies d’Alexandrie avec confiance. Cela lancerait sa carrière ici, il deviendrait riche, puissant, pas un de ces petits prêtres fonctionnaires qui gardent les pyramides de Cléopâtre.
Mais il n'était pas au bout de ses surprises… Le concours était truqué d’avance. Halouf l’emporta haut la main en redonnant vie à une vieille momie de femme, morte dans sa quatre-vingt dix-septième année. Il présenta devant le jury du concours cette momie pathétique, au vocabulaire réduit. Pour lui faire une bonne figure, il lui avait peinturluré grossièrement le visage avec du maquillage et cousu une perruque grotesque sur le crâne. Le jury s’était fait prendre en beauté. La foule, ébahie par cette momie tellement vivante, conspua la réussite de Senedjem : un jeune couple ramené à la vie en moins de deux heures, un homme et une femme mariés, morts le même jour à qui il redonna une existence terrestre. Mais ce n’était pas aussi spectaculaire que la supercherie de Halouf.
Aussi, on chassa Senedjem de la ville. Il devint un simple mendiant. Il vécut quelques temps chez le couple momifié, remis en ménage dans une habitation troglodyte au fin fond du désert, et qui envisageait même d’avoir enfin un enfant, un petit bébé momie. Ils l’accueillirent pour le remercier de cette deuxième vie.
Et ce fut Cléopâtre en personne, qui, ayant eu vent de cette disgrâce, et pour respecter la mémoire et la parole de son père le Pharaon Ptolémée, l’engagea comme gardien de la pyramide de Khéops. Elle le ramassa misérable et en fit un prêtre puissant…
Quelle revanche à présent pour Senedjem, le fils d’un pauvre paysan… Sentir que le destin de son pays, le destin de la Reine d’Égypte, se trouvait entre ses mains…


© Bertrand Puard, mars 2008



Revenir à l'accueil